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30.08.2006
mon amie journaliste

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On a fait nos études ensemble. On était rien que deux post-ados rieuses et tricheuses, donnant des fêtes et courant les concerts. À cette époque déjà, mon amie régnait sur une petite troupe gaie et tapageuse, et nous nous glissions dans son sillage pour découvrir de nouveaux talents, écouter les disques tout frais qu’elle nous ramenait, et discuter pendant des heures des dernières sorties cinéma en fumant et en buvant jusqu’à s’endormir des uns sur les autres.
Le tout dans une ambiance bon enfant, aux débats enflammés, auxquels mon amie apportait le plus souvent le mot de la fin, fédérateur et apaisant, juste et avisé.
Elle a contribué à combler les lacunes sidérales de ma culture. J’ai bonne mémoire, dit-elle. C’est sûrement ça, je lui réponds, rassurée.
Bref. Un jour, comme elle l’avait toujours dit, elle est devenue journaliste.
En quelques semaines, le monde autour de nous a changé. Elle est devenue la fille à connaître, et son numéro de portable a pris tant de valeur que je me suis demandé à un moment si ce ne serait pas judicieux de le mettre aux enchères sur e-bay.
Finalement j’ai choisi de garder mon amie et la vérité j’ai bien fait.
Vous savez ce que c’est, hein ? La vie est injuste. Pour ces gens là, tout n’est qu' invitations et tentatives de séduction. Quand elle arrive quelque part, ça frétille, ça frémit, ça se bouscule pour la saluer et lui glisser un petit mot, un petit disque, un petit communiqué.
Moi, je suis derrière la porte qu’un imbécile vient de me claquer allègrement au nez, tout à la joie de voir mon amie. J’ai l’habitude. Je m’époussette, respire un grand coup et j’aperçois en général mon amie qui me fait de grands signes. Je sais ce qu’elle va faire : elle va me présenter, pour la 350è fois de l’année, Sandrine ou Nicolas, des gens adorables il faut les connaître. Perso, j’ai des doutes. J’ai déjà passé plusieurs soirées en leur compagnie, je me souviens très bien d’eux, je me montre polie, et quand ils me disent, « enchanté, on s’est déjà croisés quelque part ?» je réponds « oh oui, certainement », avec un grand sourire.
Puis je leur laisse vendre leur soupe à mon amie et vais rejoindre quelques vrais copains, oui j’en ai, je suis pas maso non plus !
Elle a compris très vite le système. A fait le tri rapidement, guidée par mes conseils avisés et revanchards. Sait profiter juste ce qu’il faut et partager dès qu’elle peut. Adore son boulot pas toujours si facile et le fait bien. Qu’est ce vous voulez, c’est une fille géniale et déterminée.
Elle serait même prête à partager ses expériences sur un blog si elle en avait le temps.
Bon allez je lâche le morceau. J’ai réussi à la convaincre. Je lui ai dit, commence cet été, cet hiver t’auras moins de temps mais c’est pas grave, et puis personne saura qui tu es vraiment, t’en fais pas, tu pourras balancer comme tu veux.
Et puis, pour une fois que je peux faire les présentations…
Une poule sur le fil, c'est ici!
28.08.2006
ma mode

Hello! Et ben voilà, de retour, l'été me semble tout ce qu'il y a de fini, mais c'est pas grave, on nous a inventé un truc génial pour faire passer la pilule : la rentrée!
...Et comme toutes les poulettes nourries à "Martine à l'école", j'adore la rentrée, d'abord parce qu'à chaque fois, je suis sûre que ma vie va prendre une tournure glorieuse, et ensuite, parce ce que passé 12 ans, les fournitures de la rentrée, c'est direction : mooode!!! oui!!!
La mode de l’hiver, pour moi, ça se passe comme ça :
Février - Mars:
Défilés.
Je m’extasie sur certains créateurs, en conspue d’autres, téléphone à Superchic pour faire des commentaires et des pronostics.
Cette année, j’ai vraiment adoré la collection Rochas, visiblement on a pas été beaucoup puisque cette illustre maison va certainement fermer ses portes (grrr), j’ai trouvé Marni très portable et j'ai cru m'évanouir devant les compensées de Sonia Rykiel.
Mai - Juin :
Compte-rendu de la presse.
Mon kiosquier se frotte les mains, mon chéri désespère. Je fais l’acquisition d’environ 20 kg de presse magazine. La collection Rochas n’a pas vraiment plu. Galliano est un génie et moi je ne serais jamais rédactrice de mode persifle Superchic.
Période des soldes.
Armée de mon grand savoir prophétique, je sauve des griffes des simples mortelles les éléments qui vont fashionniser mon hiver. Du doré (encore ?), de sublimes compensées qui vont être incroyables avec des chaussettes épaisses, des shorts dans des couleurs sombres comme dans la collec’ Rochas (j’ai de la suite même dans les mauvaises idées)…
Je me sens inspirée, en avance sur mon temps, je piaffe dans ma DeLorean.
Juillet - Aout :
Check grande distribution.
Un petit coup d’œil chez Zara pour voir si cet hiver va encore être le théâtre de d’après-midi modantiques, de rendez-vous flash j’ai une soirée j’ai plus un rond au secours, et de speléologie entre amies ( "mais c’est pas possible je te dis que ce pull se trouvait exactement là" "fouille plus profond, tu te rappelles pas que tu l’as caché sous cette pile de slim ?" )
Bilan : Bien joué ! Zara s’en sort pas mal. Je fais part de mes observations aux vendeuses qui me regardent avec un air consterné.
Septembre - Octobre - novembre...
La rue.
La rue s’approprie Ma mode. Comme une louve jalouse, je trouve que tout lui va de travers. Le doré se transforme en bling bling vulgaire, Les jolis shorts cassent tant de silhouettes qu’ils en perdent toutes crédibilité, les compensées ont un air de déjà vu.
Bon, j'arrive quand même à me ruiner, ça serait trop beau.
Ma mode de l’hiver, je préférais la fantasmer.
Mais, oh ! Qui frappe à ma porte ? Juste ciel ! Les collec printemps été!
Allôôôô, Superchic ?
12.08.2006
!!!

Yahou c'est les vacances!!! Départ imminent suis tellement excitée que je sais plus aligner trois mots!!! À bientôt!!!
09.08.2006
monaco - le soir

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La nuit tombe, Monaco s’allume, je lève les yeux.
C’est saisissant. Une sorte de boursouflure de la côte d’azur. De la verticalité, des villas accrochées au somment des falaises, à en avoir le vertige. Des routes suspendues. Un vrai champignon. Étouffant.
Une éternité plus tard, nous voilà partis pour le restaurant. À ce stade là, nous sommes au moins 25. Tout le monde s’engouffre dans des Jaguars et des Porshes, pour aller… 50 m plus loin.
Une foule compacte se presse au restaurant. Notre hôte nous installe. Il reste quelques chaises. Les jeunes souriants s’y glissent comme une pluie fine. Certains ont moins de chance, ne trouvent pas de places assise et s’en vont. Je commence à comprendre.
Devant nous passent des nuées de blondes à l’anglais approximatif. Des filles de l’Est. "Elles cherchent des "sponsors", si tu vois ce que je veux dire", me glisse-t-on.
Trop d’excitation, d’agitation, je mange de travers.
En quelque sorte, nous avons de la chance car nous faisons partie de l'escorte rapprochée de notre hôte, qui est aussi celui des 30 personnes qui se pressent autour de lui. Pour les autres, c’est les chaises musicales. Si tu vas aux toilettes, tu perds ton repas et ton champagne et tu dis au revoir en souriant. Des filles moins scrupuleuses n’hésitent pas s’asseoir sur des genoux généreux. La table d’à côté se libère, notre table s’agrandit, il reste quelques chaises, les portables chauffent. En 5 mn chrono débarquent 4 ou 5 nouvelles créatures bien décidées à profiter du banquet.
Notre hôte parvient à rester charmant, centré, et même à continuer à commander à boire. Ma phase d’observation sociologique prend fin, laissant la place à un écoeurement grandissant. Superchic parle une seconde avec une blonde qui l’abreuve de louanges sur sa robe, sa classe et sa beauté. Elle me regarde, ce regard dit : « j’en peux plus, on y va ».
Nous laissons cette équipe à leur vie animale et notre hôte en pleines négociations. Il nous l’avait dit : ici, les affaires, ça se passe la nuit, entre une coupe de champagne et les seins fermes d’une fille.
Dans la nuit chaude, nos filons par la haute corniche.
Reprendre de la hauteur, enfin.
08.08.2006
monaco - le vernissage

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Entre une vingtaine de d’oeuvres admirables circulent autant de garçons chargés de plateaux en équilibre. On fait un petit tour, on prend le truc à la légère. "Tu verrais ça chez toi ? champagne ?"...
Notre hôte nous présente, nous sommes souriantes mais nos talons nous font un peu mal. Superchic est avec moi.
Elle veut bien me suivre, je vais m’asseoir dehors.
La galerie est coincée entre deux hôtels prétentieux. Derrière nous, de longues voitures déposent J.R Ewing, Barbara Cartland et une floppée d’aristochats. Ils passent devant nous, nous constatons que la mode monégasque a sa grammaire à elle, et qu’elle conjugue le plus-que-parfait à l’impératif : il faut que ça brille. Les limousines étincellent, les Rolex flamboient et les peaux liftées reluisent.
Va savoir pourquoi, c’est fascinant.
Devant l’expo se bouscule aussi une coterie de jeunes et très jeunes plutôt branchés, souriants et rafraîchissants.
Le temps se rallonge, on décide alors d’aller visiter New York New York, au Grimaldi Forum, qui fait sa nocturne aujourd’hui.
Il faut le savoir, à Monaco, la clim t’étrangle avec ses doigts glacés à chaque pas de porte. Est-ce un moyen de conserver les chairs ? La chanson de Steph' de Monac' "Comme un ouragan -la tempête en moi" prend tout son sens. Elle ne va plus me quitter jusqu'à notre départ.
Tout le monde a l’air parfaitement habitué. Il fait moins 12 et nous sommes en robe de soirée d’été.
L’expo est agréable. Rien qu’on n’ait déjà vu, pas de thème particulier, si ce n'est cinquante ans de création new-yorkaise (rien que ça!). Superchic envisage un Rothko, je fais mes prières devant un Basquiat.
Mais on grelotte et on a lâchement abandonné notre hôte.
De retour au vernissage, les choses se précisent. Le champagne a fait son effet : les yeux brillent, on rit, on transactionne. Les simples amateurs s’éclipsent, les collectionneurs montrent leurs visage. Liftés au moins pour les hommes, liftés, siliconés, retroussés pour les femmes.
L’impression générale quand même ici, c’est que la vieillesse est une chose méprisable, mais que l’argent compense largement cette calamité : si tant est qu’on accepte de donner un peu, la fête perpétuelle qu’est la vie et son lot de chairs fraîches et d’alcools frappés peut s’étirer à perpet.
Les jeunes gens de tout à l’heure n’ont pas bougé d’un pouce.
Ils ont l’air d’attendre que quelque chose se passe.
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bon, la suite demain, et je voulais aussi vous dire que jamy nous offre sa recette de l'épilation à la cire au sucre, j'ai pas encore testé, mais ça a l'air génial! merci encore jamy!
02.08.2006
nue

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Je me demande si je n'aime pas autant la mode que je déteste être nue.
Impossible de m'expliquer cette pudibonderie excessive.
Dans ma famille, nous avions une pudeur de bon aloi, ayant compris très vite que certains mystères de l'anatomie masculine n'étaient pas bons à décacheter trop tôt. En effet, l'accident m'est arrivé une fois, très jeune, et je dois dire que ça a été un épisode relativement angoissant, d'autant plus que ma mère, ne sachant plus que faire devant mon traumatisme, me dit : "tu verras, un jour tu trouveras ça très beau". Glups.
Ma mère, qui quelques années plus tard jugea bon de me trouver un job d'été comme monitrice de planche à voile (j'en avait fait une semaine lors d'un stage linguistique en Angleterre, pour situer le niveau). Trop heureuse de se débarrasser de l'ado bougonne que j'étais, elle n'avait pas remarqué une chose. Il s'agissait d'une plage de naturistes (oui, ceux qui font même leurs courses à poil).
J'ai tenu 3 jours, en maillot une pièce et en grève (vous vous imaginez, vous, donner un cours de planche à voile à un papy tout nu?).
Et je suis repartie de là avec une répugnance farouche de la nudité collective.
Depuis, en jeune femme civilisée, on va dire que je fais le minimum syndical. Jamais de topless sauf quand je suis sur une plage déserte, mon corps est réservé à mon amoureux et parfois à mes amies, en guise de pièce à conviction (mais si regarde, j'ai de la cellulite, tiens regarde, là!!) lors de nos discussions scientifiques.
La dernière fois, je regardais Koh Lanta (le serpent en moi adore Koh Lanta, j'ai jamais vu un truc aussi barbare), et j'ai eu une réaction bizarre.
En observant les participantes, dans leur retour aux sources bien éloigné du "Lagon Bleu" (les pauvres, elles n'ont même pas droit à une pince à épiler), je zoome sur une blonde relativement et artificiellement carrossée, et cette pensée m'effleure :
"tiens, il lui ont laissé emporter ses seins?"
Le corps aujourd'hui est tellement normalisé que les gens se mettent un maillot de bain Eres (celui qui rend n'importe qui bien foutu) sous la peau. Après, il peuvent être à poil tranquilles, ils ne sont plus vraiment eux mêmes.
Je tiens à dire que je ne suis absolument pas contre la chirurgie esthétique. Tant que le résultat est esthétique bien sûr. Mais je trouve ça intéressant aussi d'essayer d'apprivoiser son corps, d'apprendre à l'aimer.
Et pour l'aimer, il faut le regarder.
Tout ça pour remercier cette canicule, qui a fait que pendant quelques jours, dépassée par les événements, j'ai tombé les derniers bouts de tissus qui couvraient ma peau. J'ai commencé à me balader nue, sous l'oeil ravi de mon chéri, et j'ai compris la sensualité et le plaisir que la nudité pouvait procurer.
Mieux, j'ai pu croiser mon reflet dans les glaces, et j'ai trouvé ça beau et chouette.
C'est pas demain la veille que j'irais au Cap d'Agde, mais quelque chose d'important pour moi est arrivé cet été.
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À propos de de carrosseries et d'artifices, je m'absente quelques jours pour aller à Monaco. J'espère en ramener des petites histoires bien croustillantes!!!
À très vite, alors :-)
01.08.2006
cannes, première

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L'un de mes premier jobs sérieux, ça a été dans un minuscule cinéma d'art et d'essai où j'étais l'assistante du programmateur.
Ce dernier, en vrai passionné du cinéma comme on en fait plus, passait son temps dans les salles obscures, citait Godard à tout bout de champ avec un air prophétique, ("la photographie, c'est la vérité et le cinéma, c'est 24 fois la vérité par seconde") mais aimait tout aussi bien les séries z bien gore que les films russes révolutionnaires à la durée accablante.
Avant, j'aimais le cinéma. Avec lui, j'ai appris à aimer les salles de cinéma, les pellicules, le projectionniste. Il se mettait au premier rang pour se faire péter la rétine et en redemandait. Je lui disais : "j'ai du boulot au bureau", il me disait "viens voir ce film, après tu sauras pour quoi tu bosses".
Bref. Un jour, il me demande innocemment "tu viens à Cannes?" (roulement de tambour dans ma petite tête de perruche, salto arrière de mon coeur, coup de fard sur mes joues).
"Ah oui!", "d'accord, marque tes coordonnées là."
Trop diabolique, je me démerde même pour avoir une accréditation pour une amie. On part en totale goguette, pas besoin de vous faire un tableau.
Enfin arrivées, direction les accreds.
En quelques minutes (bon en fait une bonne demi-heure d'explications avec une hôtesse excédée par ces deux péronnelles endimanchées), notre rêve d'ados s'écroule.
Comme je l'ai souvent vu depuis, non seulement il y a soixante-douze niveaux d'accreds (depuis l'humble étudiant en cinéma jusqu'à las star internationale -en gros, et les exploitants de salles, c'est vers le médiocre milieu), mais en plus il faut aller faire la queue tous les matins pour aller chercher des tickets pour avoir accès aux salles.
Le matin.
On repart de là pliées sous le poids de la déception.
Mais on se reprend vite (deux super amies à Cannes, même avec des moitiés d'accreds, ça déprime jamais longtemps) : on a accès au palais des festivals, donc en étant un peu malignes, aux opens bars, où se trouvent des mieux accrédités que nous, qui ont des tuyaux concernant les fêtes cannoises. Ha ha!
Ne vous méprenez pas : on s'est fait presque toute la selection "Un Certain Regard" (pas besoin de tickets ni de surbadges à l'époque.) On s'est régalées. On a réussi à se faire des journées à trois films + une ou deux fêtes, le genre d'enivrement dont je ne me lasserais jamais.
Je me souviens de la magie de chaque début de film, s'enfoncer dans son fauteuil, attendre que les lumières s'éteignent, et sourire dans l'obscurité.

